
L’Écran-solaire (2023)
«Il est un provocateur amical qui souhaite stimuler la conscience publique sur différents enjeux écologiques actuels ayant des répercussions sur nos vies. La machine est un prétexte afin de tisser un dialogue entre le public et la nature…ces processus, et l’écart entre l’humanité et les environnements naturels.» John Grande, Body, Technology and Environment: Andrew Chartier’s Mount Orford Autopsy Odyssey, Revue Espace (2007)
Éco-artiste à la fois critique et ludique, mes projets sont fondés sur une philosophie de travail explorant l’idée de cohabitation entre l’artiste, la nature et la machine. Afin de positionner le leitmotiv de cette démarche, j’ai créé un archétype, porteur de discours, sous le pseudonyme de: A-Machines. Imaginé à la manière d’une ‘’prescription’’ artistique et médiatique, elle s’administre tel un antidote par une série de traitements esthétiques et relationnels. Privilégiant un mode interactif avec son environnement immédiat, l’objet d’art A-Machines réfléchit, fabrique et agit au service de la nature.
J’aborde mon travail comme un grand terrain de jeu ouvert et qui s’articule autour d’actions conciliant l’intention, la production et l’utilisation de machines interactives. Intéressé par la question éthique vis-à-vis la fabrication de machine, mon approche théorique est influencée par la pensée (fondamentale) de Mumford qui publie en 1950, qu’une partie de la notion de dépassement de l’homme vis-à-vis la machine se trouverait dans sa capacité ou son incapacité à préserver l’esprit humain à travers celle-ci. C’est dans cette perspective de réfléchir sur l’invention d’objets techniques comme une extension du vivant, du corps et de la pensée que j’expérimente sur la fabrication de machines sensibles. . En somme, j’aime bien citer Merleau-Ponty dans sa définition de l’outil et la perception : (…) le bâton n’est plus un objet perçu par le non-voyant mais plutôt un instrument par lequel il perçoit. Il est un auxiliaire corporel (objet), une extension de la synthèse corporelle (…). J’aime considérer ce bâton, comme une analogie à l’objet d’art, un complice à la création, ce véhicule extraordinaire qui nous permet de redécouvrir nos différentes sensibilités… voir même en découvrir de nouvelles que nous ignorions jusqu’à aujourd’hui.
Interpelé par l’exploration de différentes combinaisons entre l’artiste, la machine et son environnement, mes oeuvres sont souvent imaginées et présentées sous formes de ‘’works in progress’’ (l’art en train de se faire) préconisant une démarche low-tech à travers la sculpture cinétique et/ou électromécanique incluant: l’échantillonnage et l’interprétation du paysage immatériel; la conception de machines-prothèses; la création de sculptures automates et la création d’interventions publiques. Je m’intéresse particulièrement au processus de création où tous les éléments qui en constituent sa raison d’«être», nous ramènent à considérer l’inter-connectivité (interrelation) des choses dans un environnement particulier. Sur cette base de création éco-idéologique j’utilise majoritairement des objets et des matériaux récupérés. D’autres part, certains projets explorent la récupération de l’énergie disponible dans l’atmosphère afin d’alimenter des machines sensibles. Ces machines/arts récoltent échantillons et spécimens environnementaux peu ou non-visible et en laissent des traces matérielles et/ou sonores concrètes. Vitesse des vents, pH de l’eau, ensoleillement, taux de monoxyde de carbone dans l’air deviennent Art. Métaphoriquement, il s’agit de prêter une voix à la nature…de la laisser parler!
Dans cette perspective de valorisation du paysage et de la nature, j’œuvre aussi sur un second volet de recherche et de création, celui-ci voué à l’appréciation de l’arbre…sur son pouvoir évocateur et emblématique de la forêt, voir de la nature en général. Dans la suite de mon questionnement envers la fabrication de machines servant d’outils de sensibilisation au profit de notre environnement immédiat, j’ai créé Arb-Ô-Citoyens: Éco-distributrice, une infiltration sociale où j’expérimente sur la notion de restauration de la nature en appelant à la collaboration avec différents acteurs hors du milieu artistique tels que Les amis de la terre (Sherbrooke et Paris), l’Association forestière des Cantons-de l’Est, le Musée de la nature et des sciences de Sherbrooke, etc. Par effet d’enchainement, je poursuis ce travail sur une série de sculptures électromécaniques nommée Les arbres exceptionnels incluant Les branches- tendues, La Valse-du-bosquet, Le Tuteur et Le Distributeur-d’arbres-mobile.

Le Distributeur-d’arbres-mobile (2025)
1) Lewis Mumford. 1950. Technique et civilisation, « Assimilation de la machine », Chapitre VII, Editions du Seuil, p.277.
2) Maurice Merleau-Ponty. 1962. Phenomenology of Perception, The Camelot Press, London.